lundi 6 février 2012

Perspectives Afrique


Angola : 
L’ancien président de Sonangol au ministère de la Coordination économique. Manuel Vicente a fait son entrée au gouvernement angolais la semaine dernière (après approbation par décret prési-dentiel de son départ de la compagnie publique). Il a été remplacé par Fransisco de Lemos Jose Maria, jusqu’alors directeur financier de Sonangol. 
 Commentaire : Étrangement, la nomination de Miguel Vicente au gouvernement suit de près l’affaire des 32 Mds USD manquant dans les caisses de l’État (et qui auraient disparu au profit de Sonangol ; cf. Perspectives Émergents du 23 janvier 2012). Depuis, le FMI a plus ou moins démenti les accusations de l’organisation Human Rights Watch, en annonçant qu’il s’agissait en grande partie d’opérations quasi-fiscales entre l’État et la compagnie publique non enregistrées au budget. L’institution financière poursuit l’investigation des comptes et de plus amples explications sont attendues. Avec cette arrivée au gouvernement, la promiscuité qui existe entre l’État, dont les recettes budgétaires proviennent à plus de 70% du secteur pétrolier, et l’entreprise pétrolière publique se révèle à nouveau.

Éthiopie : 
L’Union africaine ne parvient pas à choisir le nouveau président de la Commission. L’UA a choisi son nouveau président pour un an : le chef d’État béninois, Thomas Boni Yayi. Mais, l’organisation devra attendre juin prochain et un nouveau sommet au Malawi pour choisir le successeur du gabonais Jean Ping à la présidence de la Commission, l’organe exécutif principal. Un duel s’est joué entre ce dernier et la ministre de l’intérieur sud-africaine, Nkosazana Dlamini Zuma ; sans qu’aucun ne l’emporte. 
 Commentaire : L’échec de l’élection du président de la Commission de l’UA témoigne des disparités qui existent entre l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique australe. Mais, c’est avant tout un revers pour l’unité du continent qui doit actuellement faire face à de nombreux conflits : au Nigéria, entre le Soudan et le Soudan du Sud, à Madagascar, etc.

Madagascar : 
Le pays n’est pas encore sorti de la crise politique. Fin janvier a eu lieu une réunion d’urgence de la SADC (Communauté de dévelop-pement de l’Afrique australe) à Pretoria pour tenter de résoudre le conflit politique qui persiste à Madagascar. Le 21 janvier dernier, l’ex-président Marc Ravalomanana, qui devait revenir sur l’île après trois ans d’exil en Afrique du Sud, a vu l’atterrissage de son avion refusé à l’aéroport d’Antananarivo par les autorités malgaches. Pourtant, le retour de l’ancien président, évincé par un coup d’État en 2009, était prévue par la feuille de route de sortie de crise signée en septembre dernier, et le Premier ministre, Omer Beriziky, lui avait assuré qu’il ne rencontrerait pas de problème. Pour éviter que les négociations s’enlisent, les médiateurs africains de la SADC ont donné un mois à Andry Rajoelina, le président de transition pour rendre possible le retour de Marc Ravalomanana. 
 Commentaire : Rajoelina a expliqué avoir refusé le retour de l’ex-président par mesure de sécurité. Ce dernier fait, en effet, l’objet d’une peine de travaux forcés à perpétuité pour la mort d’environ trente manifestants devant le palais présidentiel, en février 2009 ; son arrestation, dès son arrivée, aurait pu troubler l’ordre public, selon le chef de l’État. Le refus de son retour aura tout de même fait des vagues. Pour montrer leur mécontentement, les représentants de l’ancien président ont décidé de ne plus participer aux institutions de transition. Or, c’est au Parlement de transition de voter la loi d’amnistie concernant l’ancien président. Par conséquent, les négociations entre représentants de Ravalomanana et soutiens de Rajoelina vont sans aucun doute prendre du temps, et l’ex-président risque de ne pas être de retour à Madagascar avant le 29 février, comme l’a pourtant affirmé le président du Congrès de Transition, Mamy Rakoarivelo et le souhaite la SADC.

Ouganda 
La Banque centrale abaisse son principal taux directeur à 22%. Mercredi 1er février, la BoU a décidé d’abaisser d’un point de pourcentage son principal taux directeur, afin de soutenir l’activité économique (la croissance est attendue à 5,1% en 2012, contre 6,6% en 2011). La dynamique récente des prix lui a aussi permis. L’inflation a ralenti pour le troisième mois consécutif en janvier, à 25,7% a/a (par rapport à 27% a/a en décembre 2011). Quelques jours auparavant, une rumeur avait été lancée par le président du principal parti d’opposition FDC (Forum pour le changement démocratique), Dr. Kizza Besigye, accusant le gouverneur central, Emmanuel Tumusiime – Mutebile, d’avoir créé de l’inflation en émettant 2 trilliards USHS (2 445 USHS/-USD) pour financer de la campagne du président Museveni ; accusation que la BoU s’était empressée de démentir. 
 Commentaire : Une baisse des taux d’intérêt était attendue cette année (après qu’ils aient atteint des niveaux très élevés en 2011), mais la décision de la BoU semble avoir été accélérée par les protestations qui ont eu lieu récemment dans la capitale pour protester contre le coût élevé du crédit (cf. Perspectives Émergents du 16 janvier 2012). Soute-nues par la rumeur de « fausse » inflation, ces contestations sociales ont vraisemblablement pesé sur les décisions économiques.

Sénégal : 
La validation de la candidature de Wade fait monter la tension. Le vendredi 24 janvier, le Conseil constitutionnel a validé la candidature aux prochaines élections présidentielles du 26 février prochain de l’actuel président et annulé celle du chanteur populaire, Youssou N’Dour. Cette décision a entrainé la colère de la population qui s’est rapidement mobilisée, malgré les interdictions de manifester. La contestation, essentiellement menée par le Mouvement du 23 juin (un groupe réunissant des membres de cent-six partis d’opposition et d’organisations de la société civile), a tenté de rester pacifique, mais deux civils et un policier ont été tués lors de manifestations. 
 Commentaire : La décision du Conseil consti-tutionnel a peu surpris, car c’est Abdoulaye Wade qui en a lui-même désigné les membres (dont il aurait aussi augmenté la rémunération). Les événements actuels et la mobilisation civile lors des manifesta-tions du 23 juin 2011 (qui ont fait reculer Wade sur un projet de loi de réforme constitutionnelle) font penser que la population a les moyens de contrer le pouvoir, voire de créer un « Printemps sénégalais ». Mais, comme les élections présidentielles appro-chent, et que débute cette semaine la campagne électorale, il est possible que la mobilisation faiblisse. En effet, le M23 est composé de membres de mouvances politiques différentes qui vont entrer en concurrence à l’approche du scrutin présidentiel, mettant en péril l’unité du groupe.

Maroc : 
Le BBB- de FITCH réaffirmé, outlook stable. L’agence indique que la gestion prudente de l’économie (un taux d’endettement externe relative-ment faible) et la forte dynamique de croissance (+4,8% au troisième trimestre 2011) justifie le rating. L‘agence avertit, toutefois, que la hausse du déficit budgétaire en 2011 (à 5,5% du PIB) pousse la dette publique au-dessus de 50% du PIB et qu’un échec dans la réduction des déficits publics mettrait la note marocaine sous pression. Fitch prévoit enfin 4% de croissance au Maroc en 2012. 
 Commentaire : Les performances de l’économie marocaines sont effectivement bonnes (cf. Perspec-tives Émergents du 30 janvier), mais les chances pour que cette croissance se maintienne au-dessus de 4% nous paraissent assez incertaines : la crois-sance dépendra en grande partie des prix du pétrole (et donc de la capacité de l’État à réaffecter des subventions vers l’investissement), de la croissance en Europe (Crédit Agricole S.A. prévoit 0% en 2012) et des performances agricoles du pays. Quant aux réformes fiscales permettant de réduire le déficit budgétaire, le gouvernement s’est engagé sur un plan de réduction du déficit à -3% d’ici à 2016. Nous prévoyons au final un maintien du déficit budgétaire marocain autour de 5% du PIB en 2012.

Algérie : 
La tension parait monter peu à peu, alors que les élections approchent. Le chef du FJD, un parti islamiste modéré, perçu comme un rival crédible du pouvoir (d’autant plus après l’ascension d’En-nahdha et du PJD au pouvoir en Tunisie et au Maroc), a mis en garde le pouvoir algérien contre les tenta-tives de fraudes électorales. Se disant confiant dans ses chances, le Cheikh Djaballah ajoute que « si des fraudes sont commises lors des prochaines élections, cela constituera un puissant facteur pour pousser les gens vers l’explosion (….), nous déciderons alors ce que nous devrons faire».
À noter que même dans l’éventualité d’un scrutin parfaitement libre et transparent, le pouvoir restera entre les mains du chef de l’État, qui peut légalement nommer le gouvernement sans l’accord des députés. Les élections présidentielles sont, quant à elles, prévues en 2014. 
 Commentaire : Alors que le FIS est exclu du jeu électoral, en raison des violences dont il fut un acteur majeur dans les années 90, un éventuel trucage des élections en défaveur du PJD risquerait de renforcer la thèse selon laquelle la lutte armée est la seule issue pour faire évoluer les institutions du pays. Mais, il n’est pas du tout certain que le pouvoir ait aussi peu de subtilité.

Tunisie :
Le gouvernement rame… Nous avons souvent abordé les difficultés du nouveau gouvernement tunisien. Après une arrivée hégémonique, Ennahdha apprend l’humilité et cherche désormais s’extirper de sa position (trop) centrale sur l’échiquier politique. Après de nombreux appels à un nouveau gouvernement d’unité nationale et avoir essuyé le refus de l’opposition, le parti islamique tente désor-mais d’associer les partis d’opposition à une feuille de route assez consensuelle (qui porte sur tous les sujets brûlants du jour : situation sociale explosive, lignes directrices de la diplomatie, libertés individuelles – un sujet très virulent aujourd’hui depuis la montée en visibilité des salafistes), etc. – mais là encore, l’oppo-sition ne souhaite pas être associée au gouver-nement.
 Commentaire : C’est souvent un jeu malsain auquel s’adonnent les partis politiques tunisiens. Ennahdha, un temps dominateur, voulait s’accaparer le pouvoir d’une manière hégémonique. Puis, face à une pluie de difficultés et de contestations (aucun gouvernement tunisien n’a jamais autant reculé sur autant de points, en si peu de temps), Ennahdha ressort la carte de l’unité nationale. En face, les partis perdants des dernières élections semblent prendre un vrai plaisir dans les difficultés d’Ennahdha et ne paraissent pas vouloir contribuer, au contraire, à une sortie de crise (espérant en tirer des dividen-des lors des élections législatives et présidentielles fin 2012). Le seul perdant de ce jeu politique est l’économie : les derniers chiffres laissent penser que le PIB s’est, en réalité, contracté en 2011 de plus d’un point.

Irak : 
Attention au pétrole kurde. Les compagnies pétrolières attirées par l’autonomie politique et la stabilité sécuritaire du Kurdistan irakien risquent-elles de devoir renégocier avec l’État central ? Le ministre du Pétrole irakien a, en effet, déclaré que les contrats signés par Exxon Mobil au Kurdistan sont illégaux et pourraient être annulés. Ces contrats seraient inconstitutionnels car, en l’absence d’une loi sur le pétrole (attendue depuis des années maintenant) et d’un conseil fédéral du pétrole (en bref, « en l’absence de coopération entre le gouvernement fédéral, les gouverneurs, le Kurdistan, … ») les contrats ne seraient pas légaux. Exxon a été la première major à s’installer dans le nord du Kurdistan irakien, en octobre dernier. La compagnie risque désormais des sanctions.
 Commentaire : Le territoire semi-autonome du Kurdistan irakien est toujours en situation de conflit avec le gouvernement central, au sujet des frontières du territoire et de la répartition des revenus pétroliers.

Libye :
Le désarmement prend du temps... À Tripoli cette semaine, des groupes rivaux se sont encore affrontés à l’aide d’armes légères et lourdes. Ces groupes, souvent venus d’autres provinces, se battent au sujet du contrôle des quartiers de la capitale. On se souvient que le nouveau pouvoir transitoire, le CNT, avait donné un ultimatum en janvier à ces groupes qui devaient rendre les armes ou rejoindre la police ou l’armée régulière…
 Commentaire : La Libye se trouve, on pourrait dire, dans le dilemme de l’oeuf et de la poule. D’un côté, le CNT ne peut pas entamer une véritable reconstruction du pays et la mise en branle d’un processus politique de refonte des institutions libyennes, alors qu’il peine à assoir son contrôle sur le territoire ; d’un autre côté, les groupes armés justifient leur présence par l’absence de l’État (« quand la sécurité sera assurée par l’État, nous partirons ») et afin d’obtenir des garanties sur : 1) la reconnaissance à laquelle il estime avoir droit (par des privilèges politiques pour leur région au sein du futur gouvernement) ; 2) et sur la forme du prochain régime (avec des groupes rebelles pro-islamistes et charia contre groupes rebelles anti-islamistes et charia). On n’exclut bien sûr pas les influences étrangères telles que celles du Qatar en faveur des groupes islamistes). Personnellement, je pense que la situation sécuritaire libyenne finira vite par se résumer à une problématique de partage des richesses pétrolières et à celle du degré d’autonomie politique à accorder aux différentes régions du pays.

Égypte :
Un match de football peut en cacher un autre. Soixante-treize morts et des centaines de blessés lors d’une rencontre de football entre deux clubs très populaires (al Masri de Port Saïd et Al Ahli du Caire). Il s’agit, comme le dit le ministre de la Santé, de la plus grande tragédie du football égyptien à ce jour. Ces violences en annoncent t-elles d’autres ? On peut sincèrement le craindre tant le football n’est pas vraiment en cause.
Les violences dans les stades égyptiens sont fréquentes ; la police le sait, l’armée aussi. Le dernier débordement a eu lieu lors d’un match Égypte-Algérie où le constat était clair : les deux gouvernements avaient volontairement fait monté les tensions (par la presse, la TV, par des déclarations officielles choquantes, etc.). Le but consistant à canaliser la colère et la frustration des jeunes en direction d’un ennemi extérieur. Les dernières violences sont-elles aussi téléguidées ?
On peut raisonnablement le penser. Les morts et les blessés sont principalement des supporters « ultras ». Ces derniers ont été des héros de la révolution : ils ont donné de l’ampleur aux premières manifestations, ils ont inventé les slogans, ils ont appris aux autres manifestants à se protéger des gaz lacrymogènes et des stratégies policières, etc. En bref : ils sont aussi adulés par la jeunesse révolutionnaire que détestés et craints par le pouvoir.
Quand le club al Ahli rencontre celui d’al Masri, il est étonnant (et c’est une première) que la police et la sécurité se retirent complètement du stade avant les premiers heurts (rappelant par-là que le vide sécuritaire avait été installé sciemment lors des derniers jours de Moubarak). Beaucoup, dont des responsables politiques, les frères musulmans, des candidats à la présidentielle, des responsables sportifs, des journalistes, etc., sont convaincus que les « ultras » ont été violemment et surtout volontairement punis par l’armée (ou une partie de l’armée) pour leur soutien à la révolution.
 Commentaire : Des milliers de supporters cairotes revenus du match à Port Saïd scandaient : « Le peuple veut l'exécution du maréchal » devant la gare centrale du Caire. Pour ces groupes à la pointe de la révolution égyptienne, il ne fait plus aucun doute que l’armée a provoqué ces violences et que c’est le nouvel ennemi à abattre.



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