mardi 14 février 2012

La Cemac multiplie les projets énergétiques


La Cemac multiplie les projets énergétiques
Du fait de la vétusté des infrastructures existantes et de la rareté des investissements consentis, les pays de l’Afrique centrale souffrent d’une crise énergétique qui freine la croissance. Aujourd’hui, la Cemac multiplie les projets.
Difficile de séjourner dans une capitale de l’Afrique centrale sans devoir faire face à  une coupure d’électricité. Cette récurrence révèle une réalité simple : depuis les années de crise économique, les pays de la zone ont peu investi dans la production et le transport d’énergie. Conséquence, tous connaissent des crises énergétiques qui causent des désagréments aux ménages, mais surtout qui plombent la croissance économique, du fait de leur impact sur le fonctionnement des entreprises.
En tête des prioritésAu plus grave de la crise énergétique au Cameroun, il y a cinq ans, les capacités industrielles étaient utilisées à environ 60% seulement. Et aujourd’hui encore, nombre d’investisseurs rechignent à s’installer  sans un net accroissement de la production énergétique.
Cette réalité commune à tous les Etats de l’Afrique centrale a provoqué une prise de conscience générale au sein des gouvernements de la région. Désormais, dans chaque pays, des programmes énergétiques ambitieux sont élaborés et leur mise en œuvre apparaît en tête des priorités. Plusieurs de ces projets, considérés comme intégrateurs, sont pilotés dans le cadre du Pool énergétique de l’Afrique centrale (PEAC), organisme spécialisé de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC), qui regroupe dix pays (Angola, Burundi, Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, République centrafricaine, RDC, Sao Tomé et Principe et Tchad).
Les pays de la Cemac entendent tirer avantage de la mise en place, depuis 2003, de ce PEAC, qui vise à valoriser l’énorme potentiel hydroélectrique de l’Afrique centrale « pour satisfaire, à l’horizon 2025, toutes les formes de demandes en électricité au sein et en dehors de l’espace CEEAC via des boulevards énergétiques interconnectés et des marchés libres d’échange d’énergie électrique efficaces et prospères. »
Avenir hydroélectriqueSelon Bruno Kapandji Kalala, le secrétaire permanent du PEAC, l’avenir de la région est dans l’énergie hydroélectrique, car seulement 2,5% du potentiel hydroélectrique de la région est actuellement exploité. Or, cette énergie a l’avantage d’être peu polluante et bon marché. Le potentiel hydroélectrique, pour lequel l’Afrique centrale a un avantage comparatif par rapport aux autres régions, est d’un peu plus de 148 000 mégawatts dont 49 000 sur le seul site d’Inga en RDC.
Tout de même, précise-t-il, « il y a quatorze projets d’électrification transfrontalière ». Il y a aussi une dizaine de projets de construction de centrales hydroélectriques et de lignes d’interconnexion associées qui sont en cours d’étude. « Les Etats sont en train de construire des infrastructures au niveau national qui ont un impact régional. C’est notamment le cas au Cameroun, avec la construction du barrage hydroélectrique Memve’ele, qui va être interconnecté avec le barrage hydroélectrique des Singes, de même qu'avec un deuxième en Guinée équatoriale. Tous ces projets à fortes capacités de production qui se réalisent aux niveaux nationaux vont donc être interconnectés », déclare le responsable du PEAC.
De son côté, la Guinée équatoriale mise sur la construction d’une centrale hydroélectrique de 100 MW sur le Rio Wele, pour participer à la fourniture d’énergie commune avec notamment le Gabon et le Cameroun.
Plan vert pour le TchadD’ores et déjà, des pays comme le Tchad, qui connaissent des pénuries énergétiques régulières, ont des projets d’interconnexion, notamment à travers l’énergie produite par le barrage de Lagdo, au nord du Cameroun. Le Tchad, qui est producteur de pétrole depuis la dernière décennie, parie également sur les centrales thermiques, mais davantage encore sur la valorisation de son immense potentiel en énergies propres, notamment le solaire et l’éolien. Ici, l’ensoleillement moyen journalier varie, du sud au nord, de 4,5 à 6,5 kWh par mètre carré et par jour, tandis que la  vitesse du vent, source de production de l’énergie éolienne, va de 3,5 à 6,5m/s selon les régions.
La région veut exploiter son potentiel d’énergie pour accroître substantiellement le taux de pénétration de l’électricité, qui plafonne à moins de 3%. Déjà, indique la Banque mondiale, qui appuie le Tchad dans son programme énergétique notamment en matière de gestion et de transport, la STEE (Société tchadienne de l’eau et de l’électricité) a pu porter sa capacité de production thermique de 9 à près de 30 MW, en réhabilitant les groupes de l’ancienne centrale et en achetant des groupes thermiques comme cette centrale diesel flambant neuve de 21 MW installée à Farcha, sur financement de la Banque islamique de développement (BID).
Monter en puissanceAu Congo Brazzaville, il s’agit également de monter en puissance, avec un premier pallier consistant à couvrir 75% des besoins énergétiques dès cette année, puis de doubler le réseau électrique en le portant de 700 km actuellement à 1500 km, ce qui permettrait de couvrir la plupart des grandes villes du pays. Fleuron de ces projets, le barrage d’Imboulou génère déjà 60 mégawatts sur les 120 de production totale escomptés dès la prochaine mise en service de la quatrième turbine.
L’autre projet phare d’infrastructure énergétique au Congo est assurément celui de Chollet, au nord du pays, dans la Sangha, à la frontière avec le Cameroun. La réalisation de ce barrage de 600 MW, pour un coût de 700 millions de dollars, pourrait se faire avec le concours de la coopération chinoise, qui a déjà signé les premiers accords. « Le Congo voudrait construire un barrage hydroélectrique de 400 à 600 mégawatts. Les amis chinois se proposent de nous aider à trouver des financements et, également, à réaliser la construction de cet ouvrage. Il y a une forte volonté politique  du gouvernement congolais pour que les financements soient rapidement mobilisés pour ce projet », a indiqué le directeur général de l’énergie, Jean-Marie Iwandza. C’est également un projet qui profitera à plusieurs Etats de la région.
D’ores et déjà, un accord a été signé par le ministère congolais de l’Energie et de l’Hydraulique, et le ministère camerounais de l’Energie et de l’Eau, en vue de la mise en synergie des moyens pour la production et le transport de cette énergie dont devraient également profiter le Gabon et la République centrafricaine. Le lancement des travaux est prévu pour le mois de juin prochain. L’interconnexion électrique des barrages hydroélectriques d’Inga (RDC), de Cabinda (Angola) et de Pointe-Noire (Congo) devrait également aider à accroître la production énergétique congolaise, en appoint à la centrale à gaz récemment mise en place dans la région.
Sur le plan de la production thermique, le gouvernement a mis en place une société à capitaux mixtes baptisée « la centrale électrique du Congo », détenue à  80% par l'Etat et 20% par la filiale ENI-Congo. Cette société développera une centrale électrique à gaz de 300 mégawatts  pour un investissement total de 462 millions $.
Avec la ChineEn République centrafricaine, en dépit des difficultés institutionnelles et financières, le gouvernement a  commencé la mise en œuvre d’une stratégie nationale de l’électricité. C’est dans ce cadre que se déroule la réhabilitation de la centrale hydroélectrique de Boali I, en coopération avec la Chine pour porter la production de 18 à 40 mégawatts.
Parer au plus presséLe Cameroun est au cœur des programmes d’interconnexions transfrontalières dans la région du fait de sa situation géographique et de son potentiel de production. Son plan de développement du secteur des énergies vise, expliquent les autorités, à « valoriser le potentiel hydroélectrique et gazier, les énergies alternatives et la modernisation des réseaux de distribution pour  satisfaire la demande intérieure et exporter les surplus vers la Guinée équatoriale, le nord du Congo et l’est du Nigeria.. »
Ce plan de développement prévoit des investissements de 5853 milliards Fcfa dans les dix prochaines années. Il  comporte des projets de production et de construction de réseaux qui vont porter la production à 3000 MW en 2020. Pour parer au plus pressé, les solutions à court terme ont été retenues : la construction d’une centrale thermique à fioul lourd de 86 MW à Yassa, près de la Dibamba, entrée en service en décembre dernier, la construction à Kribi d’une centrale à gaz de 216 MW dont la mise en service est projetée pour 2012, et la réhabilitation du barrage de Lagdo.
Financements bouclésAu-delà, les financements sont bouclés pour la construction de trois ouvrages d’envergure :  un barrage de régulation à Lom Pangar avec un réservoir d’une capacité utile de 6 milliards de m3 qui permettra d’augmenter la capacité de régularisation du fleuve Sanaga et, par  conséquent, de saturer, en période d’étiage, les centrales hydroélectriques actuelles ou à construire en aval. Dans un second temps,  une usine de production de 30 MW  approvisionnera  la province de l’Est. Enfin, sont programmés un barrage hydroélectrique de 201 MW à Memve’ele et un autre de 10 MW à Mekim.
Par ailleurs, cette année, les tables rondes d’investisseurs devraient s’enchaîner pour le financement des barrages hydroélectriques de 280 MW à Nachtigal, 900 MW à Song Mbengé, 12 MW à Colomines, 75 MW sur la Birni à Warak.
La « politique de l’émergence »La démarche est la même au Gabon voisin, où la « politique de l’émergence » s’appuie sur des projets énergétiques ambitieux. Signe des temps, signale Régis Immongault, le ministre de l’Energie, le budget du Ministère de l’énergie et des ressources hydrauliques est passé de 20,195 milliards FCFA en 2009 à 130,753 milliards FCFA  en 2010, et la tendance continue. « Nous avons un potentiel de 6000 mégawatts (MW) en hydroélectricité, pour une puissance installée de 374 MW. En matière de projets, nous avons  le barrage hydroélectrique de Grand Poubara, de 160 mégawatts dans sa première phase, qui est en train d’être construit avec le partenariat chinois. Les travaux  seront terminés en 2013. Nous avons un autre projet, dans la zone nord de Fedel, et d’autres petits barrages avec, comme élément complémentaire, la construction d’un réseau de transport électrique sur l’ensemble du territoire, avec un phasage qui va permettre d’amener l’énergie dans des zones présentant une attractivité économique et touristique ». « Dans le cadre de notre programmation, nous aimerions, chaque année,  investir entre 100 et 120 milliards FCFA environ pour l’énergie et l’eau, à la fois sur ressources propres et sur financements extérieurs. Sur dix ans, il faudrait 1300 milliards pour  porter l’ambition du Gabon émergent.»
Dans chacun de ces pays, l’intensification de la construction d’infrastructures énergétiques s’accompagne d’une politique de desserte des zones rurales. Les coûts de transport et les pertes techniques en ligne restant importants, la tendance générale est au développement des microcentrales de production ou de vulgarisation de l’énergie solaire. Une approche saluée, mais qui bute encore sur un obstacle majeur : le coût d’accès aux équipements photovoltaïques reste prohibitif, faute d’usines de fabrication sur place.
Article paru dans le magazine Le Quorum No 1 – Décembre 2011.

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