mercredi 29 février 2012

Les différentes techniques pour financer sa croissance


Quand on crée une entreprise, tout part de l’idée. Cette idée, il faut la faire fructifier, la valider par une étude de marché ou au moins la « tester » auprès de clients potentiels et la concrétiser par une première version (logiciel) ou un prototype dans le cas d’un produit ou dispositif électronique

La première phase de la création d’entreprise est donc directement liée à la Recherche et Développement, c'est-à-dire la phase de conception et de matérialisation de l’idée. S’ensuit l’amorçage commercial, où la startup innovante enregistre ses premières commandes, réalise son premier chiffre d’affaires, et commence à « devenir » vraiment une entreprise. Enfin, la phase de développement commercial, où l’entreprise va capitaliser sur ses premiers succès et pouvoir accélérer sa croissance.
Il s’agit ici d’aborder les différentes solutions de financement pour chacune des 3 principales étapes de la vie d’une jeune entreprise innovante. L’innovation  s’entend ici comme une différenciation versus un état de l’art, que cette différenciation soit de nature technologique, de processus, de modèle économique … ou un mix de tout ceci.
1ère étape : De l’idée au prototype
Pour financer cette étape, le créateur fait souvent appel à ses propres deniers et à ceux de ses proches  (famille, amis…). Ce processus, communément appelé « love Money » ou encore « capital de proximité » est la première source de capitaux permettant de construire les bases du projet. A cette étape, il est courant que l’entreprise n’existe pas encore sur le plan juridique. Pour autant, l’accès à certaines aides publiques peut rendre nécessaire la constitution en société (personne morale).
A titre d’exemple, le concours national d’aides à la création d’entreprises de technologies innovantes, organisé par le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, en partenariat avec OSEO, est le plus (re)connu et le plus prisé des entreprises innovantes. En effet, les lauréats peuvent recevoir des subventions à hauteur de 45 000 euros pour les projets « en émergence », et jusqu’à 450 000 euros, s’agissant des  projets « création-développement » pour lesquels l’existence de l’entreprise en tant que personne morale est requise.
Les dispositifs d’accompagnement de type « incubateurs » sont également d’une aide précieuse à ce stade : ils aident le créateur à passer de l’idée au prototype, voire au démarrage commercial, en hébergeant le projet (pas encore entreprise) puis le projet (devenu entreprise)  pendant une période de 2 ans en général. Au-delà de l’hébergement, ces incubateurs proposent une palette de services d’accompagnement (protection juridique, études de marchés, recherche de fonds propres) via un réseau d’experts et de consultants que certains (incubateurs publics dit « Allègre », liés à la valorisation de la recherche publique tels Agoranov, Incuballiance en Ile-de-France …) financent (avance remboursable) pour partie, allégeant d’autant la trésorerie de la jeune entreprise. Ces incubateurs sont parfois liés à des écoles (Télécom Paristech, ESSEC, ESCP Europe…) ou à des collectivités locales (Paris Région Innovation Lab, Incubateur Descartes, Innovapôle…).
Le prototype terminé, l’entreprise peut alors participer à nombreux concours de création d’entreprise (grand prix de l’innovation de la mairie de Paris, le concours Européen de l’entreprise innovante).  Il est important d’avoir en tête que, de façon générale, les financements publics s’appuient sur une règle d’un euro d’argent public (avance, subvention) pour un euro d’argent privé (apport de l’entreprise).
2ème étape : du prototype à l’amorçage commercial
C’est à ce stade qu’intervient le dispositif du prêt d’honneur, délivré par des structures telles que France Initiative ou le Réseau Entreprendre. Le prêt d’honneur, attribué à un créateur (personne physique), a l’avantage d’être sans intérêts ni garanties sur son patrimoine personnel, avec un différé de remboursement d’un an.
A titre d’exemple, Scientipôle Initiative a attribué, sur la région ile de France et pour de jeunes entreprises innovantes, plus de 20 millions d’euros sous forme de prêts d’honneur en 10 ans (4,5 millions d’euros au titre de la seule année  2011).
Le prêt d’honneur est un prêt à la personne, sans prise de participation au capital de l’entreprise (non intrusif), d’un montant de 45 000 euros en moyenne.
Typiquement, ayant consommé ses fonds propres lors de la première étape, la jeune entreprise innovante a besoin de ressources financières pour assurer le cycle de financement du lancement commercial de son produit. Banquiers et investisseurs (Business Angels) sont encore frileux à ce stade : ils rechignent à financer une entreprise qui n’a pas encore fait la preuve que son innovation a rencontré un marché.
Qui plus est, la recherche de fonds propres auprès d’investisseurs privés est chronophage et difficile à réaliser, précisément parce que la jeune entreprise ne réalise pas encore de chiffre d’affaires, ce qui positionne évidemment le créateur d’entreprise dans un rapport qui lui est défavorable avec les investisseurs.
C’est donc le rôle qu’occupent les dispositifs de prêt d’honneur, chaînon manquant entre financement de l’innovation (R&D) et financement du développement commercial (Business Angels, Venture Capital).
Permettant de reconstituer des fonds propres (jusqu’à 60 000 €uros), ils aident ainsi à combler ce « gap » séparant l’innovation du marché. De fait, ayant bénéficié d’un prêt d’honneur (l’attribution d’un prêt d’honneur est aussi un gage de confiance pour les autres investisseurs), ces jeunes entreprises lèvent ensuite en moyenne 12 fois le montant du prêt d’honneur auprès d’investisseurs publics et privés (Banques, BA, Venture..) dans les 2-3 ans suivant l’attribution de ce prêt.
Il est intéressant de noter qu’un nouveau type d’aide à l’amorçage commercial émerge depuis quelques années : les incubateurs d’entreprises ou startups labs, initiés par de grands groupes tels Renault, BETC Euro RSCG ou encore Fullsix. Microsoft, Bouygues Telecom, Intel ou Orange ont également déployé des programmes dédiés aux startups (accompagnement, financement en fonds d’amorçage…).
3ème étape : le développement commercial
Son premier million d’Euro réalisé, la jeune entreprise innovante ressemble maintenant à une entreprise : elle a rencontré son marché, commencé sa structuration (apparition de fonctions support, organigramme…), prouvé qu’elle sait vendre-produire-livrer-assurer un service auprès de ses clients. Il s’agit maintenant d’accélérer pour devenir une PME.
A ce stade, les investisseurs en Venture Capital (VC) ou Capital Risque apportent des solutions de financement au développement d’entreprises innovantes à  fort potentiel. Leur objectif est d’accompagner ces jeunes entreprises pour les faire changer de taille,  en faire de leaders sur leurs marchés (internationalisation, diversification  produits/marchés..) et obtenir un retour sur investissement attractif.
Si l’entreprise génère déjà des résultats et des cashflow positifs, elle peut aussi assurer sa croissance par sa propre capacité d’autofinancement, par de la dette bancaire moyen terme…  Autant de marges de manœuvre  dont elle dispose à mettre en perspective avec son environnement concurrentiel (faut-il croître aussi vite / plus vite que le marché ?) et son projet de développement (volontés des actionnaires : rester majoritaire ou pas ?!) … Les menaces, ici, sont d’un autre ordre. Si la viabilité de l’entreprise n’est plus en cause, c’est de la cohérence et de l’adéquation du projet personnel de l’équipe fondatrice dont dépend essentiellement le futur de l’entreprise.
Conclusion
Financer sa croissance repose sur des enjeux, sur des leviers et sur des talents différents à chaque étape de  développement d’une jeune entreprise. Les outils et les moyens, certes perfectibles, existent.  Au regard de tous les partenaires et acteurs du financement des jeunes entreprises, c’est la qualité et la complémentarité d’une équipe qui reste le premier critère de soutien. Au-delà des outils, des moyens, la création et le développement d’une entreprise reste une aventure… humaine !

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