mardi 17 janvier 2012

Pays émergents: Les faits marquants de la semaine




  •  Hongrie : Tensions entre la Commission européenne et le gouvernement au sujet de la nouvelle loi controversée sur la Banque centrale et les déficits publics. Les banques réduisent la voilure et la baisse du crédit a commencé. 


  •  Chypre : Confirmation d’importantes découvertes gazières. 


  •  Iran : 2012, une année décisive. 


  •  Algérie : L’opposition demande un nouveau gouvernement. 


  •  Nigéria : Manifestations, grève générale et menace d’arrêt de la production pétrolière pour protester contre la hausse du prix des carburants. 


  • Chine : Ralentissement des échanges commerciaux en décembre. 
  •  Mexique : Soft landing en cours.


Europe centrale et orientale, Asie centrale


Hongrie : Tensions entre la Commission euro-péenne et le gouvernement au sujet de la nouvelle loi controversée sur la Banque centrale et les déficits publics. Le Parlement hongrois a voté fin décembre 2011 une loi augmentant le nombre de membres du conseil de politique monétaire et stipulant que le nouveau vice-président sera nommé par le gouvernement. Le FMI et l’Union européenne ont exprimé leur préoccupation sur la perte d’indé-pendance possible de la Banque centrale. La commis-sion va rendre un avis sur cette question le 17 janvier prochain. Le gouverneur de la Banque centrale, Andras Simor, a ouvertement critiqué cette loi comme attentatoire à l’indépendance de Banque centrale et à celle de la politique monétaire. Le gouvernement a depuis proposé de modifier la loi, sous la menace d’une action légale de l’Union européenne. Après une suspension de quelques semaines, les discussions avec le FMI et l’UE sur une aide financière vont reprendre cette semaine. Parallèle-ment, la Commission européenne critique fermement les déficits publics et menace Budapest de sanctions financières pour déficit excessif. Elle estime que le redressement du déficit en 2011 n’a pas été opéré de façon « durable et soutenable », mais par des mesu-res inadéquates (la nationalisation des fonds de retraites). Elle menace, par ailleurs, de suspendre le décaissement des fonds régionaux structurels (qui représentent 1,7% du PIB du pays). 

 Commentaire : Après les différentes réformes institutionnelles en Hongrie et compte tenu des rela-tions tendues entre le gouvernement et la Banque centrale, la loi sur la Banque centrale s’apparente effectivement à une mise au pas. L’Union euro-péenne et le FMI ont, à de nombreuses reprises, exprimé leur réticences envers la politique écono-mique et les réformes institutionnelles menées par le gouvernement Orban (loi sur les médias fin 2010, affaiblissement des pouvoirs du Conseil constitu-tionnel, inscription de la politique fiscale, flat tax, dans la constitution). Ces nombreux éléments de discorde avec les institutions européennes et mon-diales et entre le gouvernement et la Banque centrale illustrent les tensions de plus en plus vives à l’approche des discussions avec le FMI concernant le soutien financier à apporter à la Hongrie. Celle-ci ne respecte aucun des critères de Maastricht et les déficits publics sont supérieurs à la norme de 3% du PIB depuis l’entrée du pays dans l’UE. En fait, le gouvernement Orban semble se tromper de priorités dans sa politique économique : alors que les réfor-mes structurelles stagnent toujours (transports publics non réformés, maintien de certaines larges-ses sociales désuètes sur les congés de maternité ou le handicap, absence de création de marchés de capitaux à long terme en forint), les lois visant à un contrôle accrû de la vie publique ou à la neutra-lisation de toute forme d’opposition se sont multi-pliées depuis plus d’un an. De plus, l’environnement des affaires est rendu moins favorable depuis la mise en place des taxes sectorielles, perçues par de nombreux investisseurs étrangers comme trop ouvertement ciblées contre le capital étranger. Ceci a pour conséquence de différer des investissements directs étrangers. Ces derniers ont très fortement chuté en 2011. Ils ont été compensés par une forte hausse des investissements de portefeuille, attirés par un cours du forint favorable.

Hongrie : Les banques réduisent la voilure, la baisse du crédit a commencé… Les banques étrangères implantées en Hongrie ont été affectées par une hausse significative de la fiscalité lors de la mise en place des taxes sectorielles anti-crise et par une forte réduction de leur rentabilité, en raison de la nouvelle loi sur la renégociation des prêts en devises pour les particuliers. Elles réagissent donc et com-mencent à alléger la taille de leurs implantations locales, afin de réduire leur bilan et d’en améliorer la rentabilité. Selon la presse locale, des banques autri-chiennes et italiennes envisageraient de fermer des agences non rentables. 

 Commentaire : Le risque d’accentuation du credit crunch est bien réel en Hongrie, comme dans l’en-semble des pays d’Europe centrale où les banques d’Europe de l’Ouest y sont majoritairement implan-tées. Quatre raisons principales sont actuellement à l’oeuvre en Hongrie : 1) La chute du forint a un impact mécanique direct sur l’augmentation du taux de créances en devi-ses dans le bilan des banques et une consé-quence indirecte sur le taux de CDL. Les banques doivent donc provisionner leurs risques et allouent moins de fonds propres au développement des actifs. 2) La hausse du taux de refinancement (essen-tiellement en euro dans le cas des banques hongroises) renchérit le coût de la liquidité et donc réduit la profitabilité des banques. 3) Les taxes sectorielles anti-crise et la loi sur les prêts en devises pèsent significativement sur la rentabilité des établissements financiers et créent un climat de défiance peu favorable au dé-veloppement commercial. 4) Les banques d’Europe de l’Ouest, qui constituent les trois-quarts du système bancaire hongrois, sont dans une phase de désendettement rapide et significatif et allouent moins de ressources à leurs réseaux d’Europe centrale. Entre août 2010 et octobre 2011, les prêts aux ménages et aux entreprises chutent de 6 à 7% sur une tendance annuelle. Mais depuis novembre 2011, la baisse devient supérieure à 10%. Dans le même temps, les dépôts des ménages sont stables (ils progressent en forint, mais les dépôts en devises chutent très fortement de 15 à 20%, depuis octobre 2011). Un environnement économique moins favo-rable fin 2011 et les mesures gouvernementales vont fortement détériorer le résultat des banques hon-groises. Leur résultat net devrait donc être en forte chute, voire proche de zéro cette année. L’impact macro-économique du credit crunch sur le financement des entreprises et des ménages hon-grois pourrait donc être significatif dès le début 2012. Il devait accentuer les effets récessifs issus de la baisse de la croissance en Allemagne et en Europe de l’Ouest. Par ailleurs, la transformation en forint des prêts en CHF et en euro a déjà un impact sur la progression de la masse monétaire. M2 a progressé de 7% entre mai et novembre 2011. Il faudra donc attentivement observer, dans les prochains mois, les risques inflationnistes issus de la forte progression de M2 et de M3 à fin 2011 et de l’augmentation récente du taux de TVA de 2% à 27%.

République tchèque : Czech Airlines à vendre. Le Premier ministre tchèque a affirmé, fin décembre 2011, que le gouvernement devrait chercher à vendre la compagnie aérienne nationale Czech Airlines en 2012. Membre du groupement de compagnies Sky-team, Czech Airlines connait des difficultés finan-cières depuis quelques années et une précédente tentative de privatisation a échoué il y a deux ans. 

 Commentaire : La réorganisation du secteur aérien en Europe centrale n’est pas terminée. Dans d’autres pays de la zone, les compagnies nationales connaissent des difficultés financières. En Hongrie, la Commission européenne demande que l’État se fasse rembourser par Malev, la compagnie nationale, une aide publique de 204 M € versée en 2007 et 2008 et estimée contraire aux règles de la concur-rence européenne, ce qui pourrait entrainer de gra-ves difficultés financières à cette compagnie. La compagnie polonaise LOT est déficitaire depuis plusieurs années, même si ce déficit se réduit depuis trois ans. L’assainissement du secteur va donc se poursuivre au cours des prochaines années.

Chypre : Confirmation de découvertes gazières élevées. La compagnie pétrolière d’exploration-production américaine, Noble Energy, a confirmé l’existence d’un champ gazier de grande taille au large de Chypre (Champ Leviatan), information relayée par le Premier ministre chypriote fin 2011. La partie du champ gazier situé dans les eaux territoriales chypriotes recèlerait 8 000 Mds de pieds cubes de gaz, pour un montant total estimé à 32 milliards USD. Le Premier ministre a promis un partage avec la partie nord de Chypre sous domination turque, contribuant ainsi à faire baisser les tensions entre les deux pays. 

 Commentaire : Il est encore difficile de chiffrer le bénéfice dont Chypre pourra tirer parti de cette importante découverte. La date de mise en produc-tion et le partage financier entre les sponsors et le gouvernement sont également des inconnues. Un délai de trois années avant la mise en production a été évoqué par les spécialistes du secteur. Néan-moins, cette bonne nouvelle devrait aider Chypre à affronter les conséquences de la crise financière dans son système bancaire et la chute de la crois-sance consécutive à la destruction de la principale centrale électrique du pays. Sous réserve que l’évaluation volumétrique et financière du gisement soit confirmée, il représenterait 1,3 fois le PIB du pays et en assurerait son indépendance énergétique pour de nombreuses années. En sécurisant une grande partie de ses besoins de financement exter-nes auprès de la Russie qui a décaissé la première tranche du prêt de 2,5 Mds € fin 2011, Chypre cherche donc à gagner du temps et espère pouvoir rembourser ses créanciers dans trois ans grâce à l’argent du gaz, dont l’île prévoit d’en exporter une part de la production.

Kazakhstan : Le pluralisme piloté. Le président Nazarbaiev vient de revenir sur une décision du Conseil constitutionnel qui avait interdit aux citoyens de la ville de Zhanaozen de participer aux élections du 15 janvier, destinées à faire entrer au parlement un autre parti que celui du Président. En revanche, l’état d’urgence qui pèse sur cette cité reste valable, comme prévu, jusqu’au 31 janvier. Cette décision avait été prise après la mort de seize personnes lors des manifestations de décembre, qui faisaient suite à une longue grève des ouvriers mineurs, démarrée en mai dernier. Cette grève a impacté la production pétrolière (en baisse de 7% par rapport à l’an dernier) et les chiffres de production industrielle pour 2011 (3,3%, contre une prévision officielle de 6%) 

 Commentaire : Avec cette décision, Nazarbaiev tente de réussir là où Poutine échoue : il veut garder le contact avec le peuple et ne pas mettre en danger son image de leader populiste charismatique qui lui a valu le surnom de « Papa ». Pour ce faire, il se démarque d’abord des apparatchiks qui l’entourent (il a congédié en décembre son gendre, patron du fonds souverain). Là encore, il anticipe l’un des syndromes russes – la population dénonce indis-tinctement Poutine et les élites poutiniennes – et essaie de trouver des boucs émissaires... Opération que le président russe tente de faire, en reportant la responsabilité de corruption sur les gouverneurs régionaux. Mais le problème politique de Nazarbaiev est loin d’être résolu. D’une part, ses relations avec son propre camp ne sont pas simples, car la question de sa succession est posée. D’autre part, la structu-ration politique de l’opposition se fait malgré son contrôle. Ainsi, sa décision d’interdire à deux de ses représentants de figurer sur les listes électorales est une preuve du retard du gouvernement dans ce domaine (mais le principal parti d’opposition sera constitué de représentants du milieu des affaires qui ne seront jamais une véritable opposition). Enfin, l’inquiétude de l’État est perceptible dans la répres-sion des sites internet, intense depuis quelques mois. Tout cela montre trois choses : en premier lieu, l’inquiétude des leaders de la CEI, surpris par les évènements russes. Tous ont augmenté leurs dépen-ses militaires. Tous ont durci la répression de l’opposition, tout en renouant avec des politiques très populistes. En second lieu, ce pays est moins stable politiquement qu’il n’y paraît. Les investisseurs com-mencent à le ressentir car le spread sur les CDS à cinq ans s’est tendu et la monnaie a été passa-gèrement fragilisée. Et enfin, il faudrait que les agen-ces de rating revoient l’articulation entre le risque souverain et le risque politique. Le paradoxe, c’est que la réforme du modèle de Standard and Poor’s en juin, qui visait justement à pondérer plus le risque politique, a plutôt participé à réviser à la baisse la notation des États-Unis ! Le biais vient sans doute de la définition même du risque politique dans les ratings, rapporté à la capacité d’un État à mettre en oeuvre une politique (même constat pour l’indicateur de la Banque mondiale sur l’efficacité de l’État). Cela ne risque-t-il pas de se transformer en une prime accordée aux gouvernements autoritaires ?

Moyen-Orient

Iran : 2012, une année décisive. Les mauvaises nouvelles s’accumulent pour l’Iran après la décision américano-européenne d’interdire les importations de pétrole iranien sur leur territoire (18% vers l’U.E.) et d’interdire aux banques étrangères (présentes aux États-Unis) de commercer avec la Banque centrale. Les principaux clients de l’Iran en Asie (> 60% de ses exportations de brut) sont la Chine, suivie de l’Inde et du Japon. Or, sous pression américaine, l’Inde et le Japon ont tous deux déclaré qu’ils allaient chercher à réduire leurs importations de brut iranien, multipliant les prises de contacts avec des fournisseurs alter-natifs (le premier d’entre eux étant l’Arabie saoudite créditée de 2 millions bbl/jour de capacité de produc-tion inutilisée). Les paiements indiens pour le brut iranien passaient jusque-là par une banque turque, la HalkBank, un dispositif qui s’effondre avec les nouvelles sanctions. La Chine, de son côté, prépare une tournée régionale en Arabie saoudite, E.A.U et Koweït. Elle semble elle aussi explorer de nouvelles options pour son approvisionnement…  Commentaire : Il existe un doute important sur la capacité réelle de l’Arabie saoudite à accroître suffi-samment sa production pour contrebalancer la bais-se voulue des exportations iraniennes. La production actuelle du royaume atteint presque 10 millions bbl/j et selon les experts, l’augmenter au niveau théorique de 12,5 millions bbl/j signifierait l’extraction d’un pétrole plus lourd dont les acheteurs de brut pourraient ne pas vouloir. Le Koweït et les E.A.U. produisent déjà de leur côté à pleine capacité. Au final, les sanctions contre l’Iran semblent être le principal facteur expliquant aujourd’hui le maintien de prix du pétrole à plus de 100 USD/bl (112,90 USD pour le panier moyen de l’OPEP le 12 janvier 2012) malgré la volonté de l’OPEP, les hausses de pro-duction et le ralentissement économique mondial.

Algérie : L’opposition demande un nouveau gou-vernement. Alors que le pays doit aller aux urnes en mai 2012 et que la pouvoir promet des élections libres, des partis d’opposition (PTT, Ennahdha, MSP, FJD) demandent la démission du Premier ministre et la désignation d’un gouvernement de technocrates qui garantirait la neutralité de l’administration. Le chef d’État n’a pas réagi, mais selon diverses sources, la décision a déjà été prise de nommer une figure politique neutre au poste de Premier ministre. L’actuel ministre du Travail, Taïeb Loub serait favori. Par ailleurs, le gouvernement a invité des observa-teurs de l’U.E. pour surveiller le scrutin, une première historique. 

 Commentaire : La situation politique algérienne, particulièrement les arcanes du pouvoir, est très peu lisible, même pour les observateurs les mieux aver-tis. Il semblerait que d’un côté, le pouvoir souhaite « tout changer pour que rien ne change » un exercice dans lequel il excelle depuis cinquante ans, mais que d’un autre, le contexte du printemps arabe, les réformes constitutionnelles au Maroc, la révolu-tion en Tunisie, les milliers de manifestations popu-laires en 2010 et 2011 en Algérie, donnent à ce scrutin une importance inédite. Ces élections antici-pées paraissent comme la meilleure chance des autorités pour canaliser les revendications politiques, mais encore faudra-t-il qu’elles soient transparentes et que la participation soit à la hauteur. Pour beaucoup, l’Algérie fait face à un défi majeur : soit le pouvoir comprend de lui-même qu’il doit se réformer en profondeur et mène ces élections de manière transparente, soit l’Algérie finira tôt ou tard par renouer avec l’insurrection contre le pouvoir, et celle-ci a toute les chances d’être violente : la génération née dans la décennie 90, celle de la guerre civile, a relativement peu à perdre.

Libye : Le fonds souverain libyen remis sur pied. Un conseil d’administration pour le fonds souverain libyen a été approuvé par les autorités ; les ministres de l’Économie et des Finances font partie de ce conseil. Jusque-là et depuis février 2011, c’est le Conseil National de Transition qui y avait nommé les directeurs et un conseil provisoire. Selon un rapport interne obtenu par Reuters, le fonds souverain libyen dispose de près de 60 milliards USD dont 29,5 milliards USD en cash, 10,8 milliards en actions, 9,7 milliards en obligations, 8,3 milliards en prises de participations stratégiques et 4 milliards dans des hedges funds, produits dérivés ou produits structurés. 

 Commentaire : Le fonds souverain libyen ne pouvait pas jusqu’alors prendre des décisions importantes, telles que la cession d’actifs ou de nouvelles acquisitions. Divers politiques étant entrés au conseil, on peut penser que le fonds souverain pourrait changer son orientation et décaisser des sommes en Libye pour aider à la reconstruction (et à la stabilité) du pays.

Libye : Le cas de Saïf al Islam illustre la division du pays. Le fils de Kadhafi, Saïf al Islam, était un membre important du régime Kadhafi. Désormais aux mains des rebelles de Zintan (incluant les combat-tants de la ville martyre de Misrata), Saïf est leur atout le plus précieux, alors que ces derniers négocient (parfois à coup de fusil) avec le CNT, mais aussi avec leurs rivaux : les islamistes, particulièrement ceux de Tripoli où les combattants de Zintan refusent de rendre les armes et refusent la mainmise d’islamistes sur le pouvoir (les menaces militaires ont fusé). Saïf est donc caché quelque part dans le Sud libyen, où il aurait déjà été victime de plus d’une dizaine de tentatives d’assassinat selon ses « protecteurs », et il ne sera livré au gouvernement qu’une fois que la place des combattants de Zintan dans le nouveau pouvoir sera garantie, mais aussi après que des garanties vis-à-vis de la nature de l’État (islamiste etc.) soient donnés. 

 Commentaire : La Libye a demandé au CPI cette semaine un délai jusqu’au 31 janvier pour se pronon-cer sur le transfert de Saïf Al Islam à cette instance. En réalité, le CNT ne détient pas Saïf et discute avec les combattants de Zintan qui l’utilisent comme monnaie d’échange. Le cas de Saïf ne fait qu’illustrer l’énorme difficulté que rencontre le gouvernement pour se réapproprier la légitimité de la violence et désarmer les groupes révolutionnaires. Comme dans d’autres pays de la région, par exemple la Tunisie, la population est divisée entre tenants d’un État basé sur l’islam, et partisans d’un État laïc. La différence, c'est qu'en Libye, les deux camps sont lourdement armés…

Égypte : Accord entre les principaux partis et l’armée. Les principaux partis politiques égyptiens se sont réunis à la Mosquée d’Al Azhar au Caire pour définir quelques lignes rouges pour le pays à la veille de la célébration du premier anniversaire de la chute de Hosni Moubarak. Après de nombreuses violences dans les rues du Caire ou d’Alexandrie, il s’agissait de montrer un visage d’unité. Si le flou demeure sur un certain nombre de points (tel que la forme du futur régime), les partis se sont accordés pour inscrire dans la constitution le principe d’égalité en droits et devoirs des Égyptiens, indépendamment du sexe ou de la confession. D’autres décisions sont importantes : la constitution sera soumise à référendum en mai 2012, et l’élection présidentielle devrait se tenir le 20 juin 2012, soit très en avance par rapport au premier calendrier (très flou) soumis par l’armée qui prévoyait des élections en 2013.
Les Frères musulmans, qui devraient récolter 41% des voix au terme des élections législatives dont la dernière phase a commencé mardi 10 janvier, ne demandent pas, comme on aurait pu le croire, le remplacement du gouvernement nommé (et dirigé) par les militaires, mais simplement le respect du calendrier de transfert de pouvoir (c’est-à-dire au lendemain des présidentielles). 

 Commentaire : On ne peut que se réjouir qu’il existe un minimum de consensus entre les partis politiques égyptiens. Car en parallèle, l’économie égyptienne est à genoux. Les réserves de changes sont passées de 36 à 18 milliards USD en un an (soit quatre mois d’importations aujourd’hui ; elles passe-ront rapidement à moins de trois mois, en raison du remboursement de dettes externes et de la poursuite de la baisse des réserves au rythme d’un milliard USD toute les deux semaines…). Le taux d’emprunt sur les bons du Trésor a atteint un nouveau record cette semaine, alors que l’Égypte se voit contrainte d’accroître considérablement son recours aux ban-ques locales. Il a atteint 15,95% pour des bons à sept ans. La livre égyptienne, soutenue par les réserves de change justement, est à son plus bas à 6,035 /1USD. Clairement, l’Égypte ne pourra bientôt plus soutenir sa monnaie comme elle le fait jusqu’à ce jour (au prix de 2 milliards USD en octobre, probablement un montant proche en novembre et décembre). Au cours des prochains mois, le risque de change est important. Or, les conséquences d’une dévaluation seraient elles aussi néfastes : hausse du prix des importations et son impact direct sur le budget public qui subventionne les prix d’aliments de base, inflation importée en hausse (alors qu’elle dépasse déjà 9,5% dans les villes en décembre), hausse du poids de la dette externe (60% est remboursé en dollars); et cela sans impact réellement significatif sur la productivité du pays (exportations de textiles, tourisme, etc.). Le FMI et l’Égypte sont en discussion pour le dé-blocage de 3 milliards USD en faveur de l’Égypte. À défaut d’une aide financière significative, on peut prévoir des hausses de taxes sur les importations, des impôts sur les grandes entreprises, une baisse des subventions à l’énergie, un risque de contrôle réglementaire des flux financiers, avant d’en arriver à un scénario de crise de liquidité et de change.
Arabie saoudite : Saudi BinLaden Group blanchi par la justice américaine. Le groupe saoudien était poursuivi en justice aux États-Unis, suite à plusieurs plaintes déposées par des familles de victimes du 11 septembre 2011 à New York. Saudi BinLaden était soupçonné d’avoir financé Al Qaida avant 1993. La cours fédérale de Manhattan a tranché en faveur du groupe et aucune de ses filiales aux États-Unis ne pourra être inquiétée.


Afrique

Congo : L’Office national de l’emploi annonce un taux de chômage de 34,2% pour 2011. Selon l’institut, ce sont les jeunes urbains qui sont les plus touchés par le manque de travail. Aujourd’hui 52% de la population vivrait en ville et 60% serait jeune, d’où la concurrence très forte entre les jeunes travailleurs aux alentours des villes.

Côte d’Ivoire : Renforcement des liens avec les États-Unis. La secrétaire d’État américaine se rend les 16 et 17 janvier à Abidjan pour rencontrer le président Alassane Ouattara et le Premier ministre, Guillaume Soro. L’objectif de cette visite est le renforcement de la coopération aux niveaux sécu-ritaire et économique. Les États-Unis espèrent ainsi accroître leur présence dans le secteur électrique et la filière cacao. La Côte d’Ivoire est aussi un lieu stratégique pour surveiller les mouvements des isla-mistes d’Al Qaida au Maghreb Islamique et la piraterie maritime. 

 Commentaire : Les relations commerciales entre les États-Unis et Côte d’Ivoire sont fortes. Au deuxiè-me trimestre 2011, les importations ivoiriennes en provenance des États-Unis se sont élevées à 138,5 millions USD et les exportations à 40 mil-lions USD. Ces liens devraient s’accentuer, car le pays africain est redevenu terre d’investissements depuis le retour au calme politique. Deux groupes américains, Cargill et Archer Daniels Midland, se sont notamment impliqués dans l’extension de la centrale thermique d’Azito (au sud d’Abidjan) qui permettra de fournir 150 MW de plus à la Côte d’Ivoire. Cette production supplémentaire devrait permettre au pays de devenir indépendant en électricité et d’exporter une partie vers deux pays voisins, le Mali et le Burkina-Faso. Ces engagements avec les États-Unis ne devraient pas se traduire par de moindres échanges avec la France. Le président Alassane Ouattara sera en visite officielle à Paris du 26 au 28 janvier prochain.

Guinée-Bissau : Décès du président en France, lundi 9 janvier. Tout comme les cinq précédents présidents, tués ou destitués, Malam Bacai Sanha n’achèvera pas son mandat. Élu en juillet 2009, il est décédé à l’âge de soixante-quatre ans d’une maladie qui n’a pas été rendue publique Le président de l’Assemblée nationale, Raimundo Pereira doit assurer l’intérim et préparer de nouvelles élections sous soixante jours. Le Collectif de l’opposition démocra-tique, soit quatorze partis d’opposition (sur un total de trente-cinq), ont annoncé leur opposition à cette succession.

 Commentaire : L’inquiétude de l’opposition concerne la possibilité pour le président par intérim de limoger le procureur de la République, ce qui permettrait de ne pas poursuivre les accusations à l’encontre de certaines personnalités politiques dans le procès concernant l’assassinat de l’ancien prési-dent Joao Bernardo Vieira en 2009 (personnalités dont serait proche Pereira). Le président de l’Assemblée nationale est désigné par la constitution pour assurer la transition politique, L’opposition aura donc des difficultés à faire valoir sa demande. De possibles contestations et conflits poli-tiques rendent l’avenir du pays incertain.

Kenya : Intervention de la Banque centrale sur le marché des changes pour soutenir le shilling. La CBK a annoncé ne pas relever son taux directeur (actuellement à 18%) pour ne pas décourager le crédit domestique et la croissance déjà fortement touchés par la baisse de la demande mondiale et les conflits avec les islamistes à la frontière somalienne. Néanmoins, la Banque centrale a décidé de vendre des devises, afin de défendre le shilling.

 Commentaire : La position extérieure du Kenya s’est dégradée au cours de l’année 2011 à cause de la forte demande interne, de la hausse des prix du pétrole et des mauvaises conditions climatiques. Selon les dernières données de la CBK, le solde commercial était déficitaire de 696 millions USD en octobre 2011. L’intervention de la CBK doit renforcer le shilling dont la dépréciation se poursuit. Mais comme le conflit avec les islamistes Shebab hypothèque le retour des touristes et l’entrée d’IDE, il est à craindre que le déficit du solde courant se détériore davantage au cours des prochains mois (il atteignait 583,9 mi-llions USD en août 2011). La devise kényane risque donc de rester sous pression à court terme, les réserves de change de continuer de baisser et le pays de rencontrer quelques difficultés de finan-cement externe. Le Kenya pourrait alors être contraint de faire de nouveau appel au FMI (environ 17% des financements extérieurs). L’institution de Washington a déjà accordé en décembre un prêt supplémentaire de 143 millions USD pour soutenir les dépenses d’urgence dues à la sécheresse.

Nigéria : Manifestations, grève générale et menace d’arrêt de la production pétrolière pour protester contre la hausse du prix des carburants. Lundi 9 janvier, a débuté une grève générale à l’encontre de la suppression des subventions sur les prix des carburants. Des banques, établissements publics et certaines grandes entreprises ont préféré fermer leurs portes du fait de la violence des protestations. Des confrontations avec la police ont eu lieu dans les villes de Lagos et Kano et ont tué plusieurs manifestants. La mobilisation traduit la frustration qui gagne l’en-semble de la population. Elle voit un de ses postes de dépenses augmenter brutalement, alors même que les bénéfices de la mesure (amélioration des infrastructures, éducation, santé, etc., grâce au redressement des finances publiques) n'apparaîtront pas avant plusieurs années. Leur crainte est que ces économies budgétaires alimentent davantage la corruption, un problème majeur au Nigéria.
Par ailleurs, le sud du pays qui jusqu’à présent restait relativement stable s’est enflammé avec l’attaque armée de mosquées et d’une école islamique. Ce sont les premières représailles de chrétiens en réaction aux violences perpétrées par les musulmans. Ces violences auraient, par ailleurs, poussé 10 000 personnes à fuir.

 Commentaire : Il devient de plus en plus difficile pour le gouvernement de résister face à l’explosion de violence. Face à deux problèmes différents, vio-lences ethniques et contestations sociales, le prési-dent Jonathan a essayé de renforcer la sécurité et a menacé les fonctionnaires de ne pas être payés s’ils n’allaient pas travailler. Malgré tout, les conflits persistent. Si la production pétrolière est arrêtée comme le menacent des syndicats du secteur, l’État devra tirer un trait quelques temps sur les revenus d’exportation des 2 millions de barils de brut par jour. Par ailleurs, le fort ralentissement de l’activité économique risque de toucher financièrement l’ensemble de la population et notamment la tranche la plus pauvre.

Ouganda : Les taux d’intérêt élevés mécontentent les commerçants de Kampala. La politique moné-taire restrictive et la hausse des taux d’intérêt direc-teurs (de 13% à 23%) ont entrainé la fermeture de magasins pour trois jours dans la capitale ougan-daise. Les commerçants protestent contre des taux d’intérêt très élevés qui rendent tout crédit bancaire extrêmement coûteux. De ce fait, les taux d’emprunt atteignaient 23,34% en septembre dernier. 

 Commentaire : Les taux d’intérêt ougandais ont atteint des niveaux rendant le financement de l’acti-vité économique extrêmement cher. Les banques commerciales n’ont pas eu d’autre choix que de répercuter la hausse des taux de la BOU sur le prix payé par les particuliers et les entreprises. Pour le moment, tant que l’inflation n’a pas signi-ficativement ralenti, la BOU peut difficilement envisa-ger de desserrer sa politique monétaire. Malgré un ralentissement, l’inflation a atteint 27% a/a en dé-cembre 2011 (alors que la Banque centrale vise un taux annuel de 7% pour 2012). Il faut donc s’attendre à ce que les taux d’intérêt restent élevés quelques temps. Selon l’Uganda Investment Autority, au cours des trois premiers trimestres 2011, l’investissement aurait déjà été divisé par plus de cinq (passant de 604 millions USD à 112 millions USD). Par consé-quent, le pays devrait connaître un ralentissement économique en 2012 : la croissance du PIB est attendue à 5,1%, contre 6,6% en 2011.

Asie

Chine : Ralentissement des échanges commer-ciaux en décembre. La croissance des exportations s’est établie à 13,4% a/a. Elle s’est ainsi inscrite en recul pour le quatrième mois consécutif et a affiché sa plus mauvaise performance depuis novembre 2009. La croissance des importations, de son côté, a ralenti à 11,8%, comparé à 22,1% le mois précédent. C’est là un plus bas depuis octobre 2009.
Au total, sur l’ensemble de 2011, les exportations ont augmenté de 20,6% en moyenne, et les importations de 25,5%. Les premières avaient progressé de 32,2% en 2010, les secondes de 41,6%. L’excédent com-mercial a en conséquence baissé de 26,2 Mds USD l’an passé, à 157,9 Mds USD.

 Commentaire : Tandis que les exportations se ressentent déjà assez nettement du tassement de la demande mondiale, les perspectives de croissance à court terme dans la zone euro et aux États-Unis laissent entrevoir un début 2012 encore difficile pour elles. Servant en large partie d’input dans la fabrication des biens exportés, la dynamique des importations conduit, par ailleurs, à penser que les entreprises chinoises pourraient puiser (un peu plus) dans leurs stocks pour satisfaire la demande externe au cours des prochains mois ; ou autrement dit, la production industrielle pourrait continuer de ralentir à cet horizon. La moindre progression des importations semble aussi témoigner d’une demande interne en perte de vitesse. Les importations de biens de consommation ont augmenté de 13,5% a/a en décembre, soit nettement moins que le mois précé-dent, lorsqu’elles avaient fait un bond de 27,4%. Les chiffres du commerce extérieur chinois confor-tent, en tout cas, l’idée que Pékin devrait accentuer ses efforts pour soutenir l’économie à court terme (cf. le précédent numéro d’Éclairages Émer-gents). Une appréciation du yuan (contre le billet vert) en 2012 moindre que celle de l’an passé (près de 5%) semble en particulier de plus en plus probable.


Chine : Inflation en baisse en décembre. Elle s’est établie à 4,1% a/a. C’est un plus bas depuis sep-tembre 2010. Hors produits alimentaires, elle a ralenti de 2,2% le mois précédent à 1,9%. Au contraire, les prix alimentaires ont augmenté de 9,1%, soit légè-rement plus qu’en novembre, lorsqu’ils avaient progressé de 8,8%.

 Commentaire : Si l’évolution des exportations et des importations est de nature à inciter Pékin à soutenir la croissance, celle de l’inflation lui donne de la marge pour agir. Une nouvelle baisse du taux de réserves obligatoires des banques au cours des prochaines semaines est envisageable. Les dirigeants chinois devraient néanmoins rester prudents ; ils l’ont répété à plusieurs reprises, évoquant un pilotage fin de l’économie. L’inflation demeure élevée et au-dessus de la zone de confort de la Banque centrale. Il y a, par ailleurs, des résistances à la baisse plus avant de l’inflation, comme la hausse du salaire minimum.

Inde : Rebond de la production industrielle en novembre. Elle a augmenté de 5,9% a/a, alors qu’elle s’était contractée de 4,7% le mois précédent. La pro-duction de biens de consommation explique large-ment cette performance. Elle a progressé de 13,1%, un plus haut en huit mois. La production de biens en capital est au contraire restée déprimée. Elle a baissé de 4,6%, après avoir chuté de 26,5% en octobre.

 Commentaire : Il est encore trop tôt pour évoquer un changement de tendance, haussière, dans la dynamique de la production industrielle. Peu d’indi-cateurs (hausse des ventes d’automobiles en novembre et en décembre après quatre mois consécutifs de baisse, augmentation des recettes de TVA en fin d’année…) le justifieraient. Au contraire, l’environne-ment international ne s’est pas montré plus favorable au cours des dernières semaines, l’inflation est restée élevée (et les taux d’intérêt inchangés) et le gouvernement n’a pas fait d’avance marquante sur le front des réformes (et de nature à regonfler la confiance des entreprises et investisseurs). Néanmoins, le chiffre de production industrielle de novembre rassure quelque peu. Si l’activité écono-mique indienne perd de la vitesse, ce n’est pas avec brutalité. La Banque centrale pourrait, en tout cas, en prendre acte en optant pour le statu quo, à l’issue de son prochain comité de politique monétaire. La dynamique récente des prix et les tensions sur la roupie rendent dans l’immédiat délicat toute baisse des taux d’intérêt.
Amérique latine

Colombie : Proposition de dialogue des FARC, rejetée par le président Santos. Timoleón Jiménez (« Timochenko »), le nouveau leader de la principale guérilla, les FARC, a formellement proposé au gouvernement colombien un nouveau cycle de négo-ciations. La lettre ouverte demande la réouverture des discussions de 1999-2002 entre la guérilla et le gouvernement de l'époque (Pastrana). Les questions économiques sont abordées : les FARC souhaite-raient négocier sur « les privatisations, la dérégula-tion, la liberté de commerce et d'investissement, la dégradation de l'environnement… ». Cette proposition a été immédiatement rejetée par le président Santos, qui a affirmé que des négociations ne s'ouvriraient que quand les FARC auraient renoncé aux attaques armées et aux enlèvements de civils et de militaires. 

 Commentaire : La réaction de Santos n'est pas surprenante : il est très peu probable que le gouvernement accepte d'ouvrir officiellement des négociations sans gestes significatifs préalables des FARC. Cependant, plusieurs analystes locaux estiment que, malgré un titre étrange (la lettre est intitulée « Pas de mensonges, Santos »), le discours des FARC est cette fois moins dogmatique et plus concret que dans le passé. Ils en concluent que des conversations non publiques sont possibles entre le gouvernement et une guérilla aujourd'hui très affaiblie.

Mexique : Ralentissement au quatrième trimestre. Plusieurs indicateurs pointent un ralentissement de l'économie mexicaine au quatrième trimestre. Selon l'IGAE (un proxy du PIB), la croissance aurait été au mois d'octobre de 3,68% a/a, en retrait par rapport à septembre (+4,55%), et surtout en recul de 0,60% m/m. Le premier chiffre disponible pour novembre est la production industrielle : +3,19% a/a et +0,11% m/m. Enfin, si la production automobile de décembre reste en nette progression à +5,0% a/a, ce chiffre marque lui aussi un retrait par rapport à la croissance de novembre (+11%). Par ailleurs, l'inflation de décembre a été élevée (+0,82% m/m, 3,8% a/a), en raison d'une forte hausse des prix des fruits et légumes (+6,85% a/a). 

 Commentaire : Le ralentissement est clair, mais il s'agit d'un soft landing. Sauf effondrement en fin d'année (que les indicateurs avancés n'annoncent pas), la croissance du PIB mexicain sera très proche de 4,0%. On est encore nettement au-dessus de la performance moyenne de la dernière décennie, même si on reste en-deçà du potentiel du pays.

Mexique : Un lourd bilan des cinq années de guerre contre les « narcos ». Le gouvernement mexicain a publié le nombre de victimes de la guerre contre les trafiquants de drogues (les « narcos »), initiée au début du mandat présidentiel de Felipe Calderón (le 1er décembre 2006) : 47 515, au 30 septembre 2011. En 2011, il y aurait eu selon ces chiffres (plus élevés que ceux de la presse) 12 903 assassinats liés aux trafics, sur neuf mois. Le gouvernement insiste aussi sur deux points. D'une part, 70% de ces crimes ont été enregistrés dans huit États sur les trente-deux que compte le pays. Les plus affectés sont le Chihuahua (nord, avec Ciudad Juárez), le Nuevo León (nord-est, Monterrey), et le Guerrero (sud, Acapulco). D'autre part, pour les mathématiciens, une remarque sur les dérivées secondes : « 2011 est la première année où le taux d'accroissement du nombre d'homicides est en recul par rapport à l'année précédente » (+11%, contre +70% en 2010).

 Commentaire : La guerre sera longue, et ne sera pas gagnée sans une très forte (et improbable dans l'immédiat) coopération avec le principal fournisseur d'armes et principal marché de consommation, les États-Unis.

Pérou : Une croissance de 5% au quatrième trimestre annoncée par le ministre des Finances. Le ministre des Finances péruvien, Miguel Castilla, a annoncé que la croissance du PIB serait de 5% au quatrième trimestre. Le chiffre n'a pas encore été confirmé par l'institut local de statistiques (l'INEI), mais il conduirait à une croissance de 6,8% sur l'ensemble de l'année 2011, un chiffre en recul par rapport à 2010 (+8,8%) mais encore un des plus élevés de la région. 

 Commentaire : Le ministre n'a pas pris beaucoup de risques. Son +5% est très proche du dernier chiffre connu, l'indicateur du PIB pour octobre, à +5,1%. On peut aussi noter que le Pérou a enregistré en novembre le premier déficit commercial (-13 millions USD) depuis près de trois ans.

République Dominicaine : Tensions pré-électorales avec le FMI. Le ministre des Finances, Temís-tocles Montás, a annoncé que le gouvernement dominicain ne relèverait pas le prix de l'électricité comme le lui demande le FMI. Celui-ci estime qu'une réduction de la subvention est une des conditions nécessaires au rééquilibrage du budget, et a sus-pendu le versement des deux dernières tranches (500 millions USD) d'un stand-by agreement qui se terminera fin février. Moody's et Fitch ont cependant publié des rapports annonçant qu'elles maintenaient le rating souverain de la République Dominicaine (B1 pour Moody's, B avec un outlook positif pour Fitch ; S&P accorde pour sa part un B+). 

 Commentaire : Il est maintenant peu probable qu'une partie cède avant les élections présidentielles de mai, qui s'annoncent disputées. Mais le risque de difficulté de financement, en cas de rupture avec le FMI, est réel pour la République Dominicaine. Les négociations vont donc sans doute se poursuivre, avec peut-être des propositions alternatives pour la réduction du déficit budgétaire (qui n'a été selon Moody's que de 2,3% du PIB en 2011).

Venezuela : Le conflit Exxon-Venezuela se poursuit. Le président Chávez a annoncé que le Venezuela ne reconnaîtrait pas la décision de l'instance d'arbitrage de la Banque mondiale, l'ICSID, sur son différend avec Exxon. La Chambre de Com-merce Internationale de Paris a accordé à Exxon une indemnisation moindre qu'attendu (cf. Perspectives Émergents du 9 janvier 2012) pour la nationalisation de ses actifs vénézuéliens (Cerro Negro). Mais un autre arbitrage était en cours devant l'ICSID, sur des bases juridiques apparemment différentes. Hugo Chávez a même estimé que le Venezuela devrait se retirer de l'ICSID. Son ministre du Pétrole, Rafael Ramírez, a cependant affirmé que le Venezuela attendait sa décision sur un autre conflit, avec Conoco. Les États-Unis ont, par ailleurs, demandé à la consul vénézuélienne à Miami de quitter le territoire, après qu'elle ait été accusée par une enquête de télévision d'avoir participé dans le passé à une attaque informatique contre les États-Unis.

In Perspective emergents : Etudes economqiues Crédit Agricole N°2012/02 Edition du 16 janvier 2012  

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