vendredi 13 janvier 2012

Il n’y a pas un profil unique de trésorier



FJ - 11/01/2012

Richard Cordero, délégué général de l'AFTE - Le profil des trésoriers
Un homme, travaillant plutôt dans une grande entreprise, à Paris, âgé d’environ 42 ans et parlant bien l’anglais… C’est le portrait robot du trésorier d’entreprise révélé par la quatrième étude AFTE/RHI. Mais le délégué général de l’association française des trésoriers d’entreprise, Richard Cordero, souligne la diversité des rôles de ses adhérents, selon notamment la taille de leur entreprise. Et l’évolution de leurs responsabilités, vers toujours plus de gestion des risques.
New-CFO : L’AFTE – association française des trésoriers d’entreprise – a sorti cette automne la quatrième version de son étude consacrée à ces professionnels et à dresser leur profil-type. Ils méritent d’être mieux connus ?
Richard Cordero, délégué général de l’AFTE : L’AFTE est la plus ancienne association de trésoriers au monde. Elle vient de fêter ses 35 ans. Et avec nos 1400 membres, nous sommes représentatifs de la profession, essentiellement présente dans les grandes entreprises.
Cette étude que nous menons, tous les 5 ans, avec Robert Half International, nous permet de vérifier notre ressenti sur l’évolution de nos adhérents, de leurs parcours et de leurs missions. Elle nous apporte beaucoup de confirmations, par exemple sur la formation des trésoriers. Ils commencent très rarement leur carrière directement dans la fonction. Ils viennent le plus souvent d’autres horizons de la direction financière. C’est d’ailleurs pourquoi l’AFTE a monté, avec l’université Panthéon-Sorbonne, un Master 2 dédié à la trésorerie.
New-CFO : Pour ceux qui l’ignorent, et peut-être sont-ils encore nombreux, expliquez-nous de quoi est fait le quotidien d’un trésorier ?
Richard Cordero : Il faut bien comprendre qu’il n’y a pas un profil unique. Dans les plus petites entreprises, le trésorier, quand il existe, va avoir pour missions principales le financement, à court et moyen termes, des opérations, ainsi que la surveillance des flux financiers, ce qui va le mettre en rapports étroits avec la direction des achats, côté fournisseurs, et le credit manager ou la direction commerciale, côté clients.
De plus en plus, il doit également gérer les risques, avec en premier les risques de taux et de change, surtout dans le cas de groupes déployés à l’international. Toutes ces activités croissent à la fois avec la taille de l’entreprise, avec son niveau de centralisation des flux financiers et de la trésorerie. Pour aboutir dans certains cas à la création de directions trésorerie et financement, de plusieurs dizaines de personnes.
New-CFO : Quelles performances attend-on d’un trésorier ?
Richard Cordero : Il y a eu des évolutions dans ce domaine, par rapport aux débuts de la précédente décennie où certaines grandes entreprises ont pu vouloir faire de ces directions des centres de profits. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.
Les attentes portent de plus en plus sur l’optimisation du BFR, avec des corollaires du côté de la gestion des stocks. Et puis, surtout depuis 2008, il y a une double inquiétude avec les banques. D’une part, les robinets du financement par l’emprunt se sont fermés, et les directions générales comptent de plus en plus sur leurs trésoriers pour trouver des solutions innovantes d’accès au crédit. Cela peut passer par la constitution de structures de cash pooling, qui centralisent les excédents de trésorerie de certaines filiales pour financer les investissements des autres, sans dépendre des banques. Ce sujet du financement fera d’ailleurs l’objet du prochain petit déjeuner que nous organisons le 9 février prochain, en commun avec la DFCG, l’APDC et l’AFDCC.
D’autre part, la situation des banques préoccupe aussi car la plupart des entreprises ont de l’argent en excédent. Elles ont donc recours à des instruments financiers permettant de le faire travailler. Sauf que, depuis septembre 2008, les trésoriers savent que les banques peuvent faire faillite. Il y a donc un risque important de contrepartie, qu’il faut surveiller de très près, en utilisant des outils comme les ratings des banques émis par les agences de notation, en fixant des limites et des clés de répartition.
New-CFO : C’est un peu le monde à l’envers. Le trésorier devient de plus en plus banquier (*) en quelque sorte ?
Richard Cordero : C’est vrai que sa mission s’élargit sans cesse du côté de la gestion des risques. Nous avons déjà évoqué ceux de taux, de change et de contrepartie. D’ailleurs, l’AMF, dans les documents de référence demandés aux entreprises cotées, se montre de plus en plus exigeante sur ces points.
Aujourd’hui, un nouveau phénomène se fait jour : c’est celui de la prise en charge de la gestion des assurances, ainsi que des risques liés aux matières premières. Par exemple, pour une entreprise dont l’activité dépend de son approvisionnement et de ses stocks de matières premières rares, il faudra considérer de nombreux critères financiers en sus des critères techniques, pour déterminer un risque et un taux de couverture. Beaucoup de directions générales se sont aperçues que les trésoriers étaient les mieux placés pour établir cette cartographie exhaustive des risques, et les gérer.
(*) L’enquête AFTE-Robert Half démontre que les trésoriers d’entreprise viennent souvent… des banques !

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