lundi 23 janvier 2012

Les faits marquants de la semaine: En 2012, l’Afrique sub-saharienne est la seule région à accélérer.


Afrique sub-saharienne

Afrique : En 2012, l’Afrique sub-saharienne est la seule région à accélérer. Selon les dernières prévisions de croissance de la Banque mondiale, l’Afrique subsaharienne va connaître une hausse de sa croissance économique en 2012 : + 5,3%, contre 4,9% en 2011 ; alors que pendant ce temps, le reste du monde se prépare à un ralentissement économique avec une de croissance mondiale du PIB estimée à +2,5% (au lieu de 3,1% initialement prévu). Même si l’Afrique sub-saharienne n’est pas, elle-même, à l’abri d’un ralentissement, la Banque mondiale s’attend néanmoins à ce qu’elle résiste bien à la crise et se rétablisse rapidement.

Afrique du Sud :La perspective de la note sou-veraine de l’Afrique du Sud de BBB+, abaissée de stable à négative par Fitch. L’agence de notation justifie sa décision en grande partie par l’incapacité de l’économie à créer des emplois. Lors de la crise de 2008-2009, le pays a perdu près d’un million d’em-plois. Aujourd’hui, la perte est toujours estimée à 0,9 million d’emplois. En 2011, le taux de chômage s’est élevé à 25%, tandis que le taux d’activité attei-gnait seulement 40%. Les perspectives de croissance sont de plus insuffisantes pour espérer une réduction du chômage. 

  • Commentaire : Selon des estimations du FMI, une baisse significative du taux de chômage suppose que l’Afrique du Sud connaisse une croissance annuelle moyenne de 6-7%. En 2011, l’Afrique du Sud n’a pas atteint cette performance, le taux de croissance du PIB s’étant élevé à 3,1%. En 2012, les perspectives devraient être encore moins bonnes avec une croissance économique estimée à 3% (ce qui pourrait même être un scénario optimiste). Compte tenu de son importante ouverture commer-ciale et financière au reste du monde, l’Afrique du Sud est le pays sub-saharien le plus vulnérable face à la dégradation de l’économie mondiale. En 2011, les exportations ont représenté 27% du PIB, alors qu’en 1994, elles n’en représentaient que seulement 14%. Malgré la part grandissante des pays émergents d’Asie dans les échanges, notamment celle de la Chine et de l’Inde (respectivement 13% et 7% des exportations), les liens commerciaux avec l’Europe restent très forts (Allemagne : 7%, Italie :3% et Royaume-Uni : 7%). Pour cette raison, une récession européenne, ainsi que le ralentissement économique mondial, devraient fortement peser sur les recettes d’exportations sud-africaines et, par conséquent, sur l’activité du pays et ses recettes budgétaires. Le poids des dépenses sociales et salariales sur les dépenses publiques sont une autre faiblesse de l’Afrique du Sud. Afin de soutenir le ralentissement de la croissance économique et faire face au chô-mage, le gouvernement a l’intention de maintenir une politique budgétaire expansionniste. Par conséquent, le déficit budgétaire devrait s’établir à 4,4% du PIB en 2012 (contre 4% en 2011) et la dette publique, qui reste néanmoins relativement faible à environ 42% du PIB, devrait également croître.


Nigéria : La grève s’achève après que le gouvernement ait décidé d’une baisse du prix du pétrole à 97 nairas. Après des négociations entre des membres du gouvernement et les syndicats, le président Goodluck Jonathan a annoncé une baisse du prix du carburant de un tiers à 97 nairas le litre (1 USD = 160 nairas). Par la suite, les syndicats ont décidé de stopper la grève générale. Le retour au calme a été accompagné par la présence de soldats armés dans les rues de Lagos et d’Abuja. Ce repli du gouvernement ne semble pas pour autant avoir atténué sa volonté de réformer le secteur pétrolier ; la ministre du Pétrole, Allison-Madueke, a promis de lutter contre la corruption dans le secteur. Cependant, l’annonce a été critiquée par ceux pour qui les chan-gements arrivent trop tard.

  •  Commentaire : Ce retour en arrière partiel sur la subvention illustre la difficulté du gouvernement à gérer la double crise (religieuse avec les attaques meurtrières de Boko Haram, et sociale avec la hausse du prix du pétrole) qui touche le pays. Goodluck Jonathan n’a pas réussi à convaincre la population de l’intérêt de l’arrêt de la subvention. Le mécontentement de la population l’a poussé à modifier sa stratégie de dérégulation du secteur pétrolier. Un comité parlementaire a été créé la semaine dernière afin d’accélérer les réformes et notamment la « Petroleum Industry Bill ». Jusqu’à présent, la subvention profite majoritairement aux importateurs de pétrole car, du fait de l’absence d’infrastructures adéquates, le Nigéria est forcé d’exporter la production de brut destinée à la demande domestique, afin qu’elle soit raffinée, avant de la réimporter. Selon le bureau national des statistiques, la grève générale, qui a duré une semaine, aura coûté près de 1,2 Md USD (207,4 Mds nairas) à l’économie nigériane. Toutefois, la crise aura entrainé des chu-tes d’activité contrastées selon les secteurs. Ce sont les ventes au détail et de gros qui ont enregistré la plus lourde baisse de chiffre d’affaires avec environ 500 millions USD. Pour leur part, les secteurs pétrolier et gazier ont été un peu moins affectés avec une baisse des recettes de 166 millions USD. La non-mise à exécution des menaces syndicales d’arrêter la production pétrolière a permis d’éviter de graves pertes supplémentaires. Néanmoins, si, comme le prévoit l’agence internationale de l’énergie (IEA) la demande domestique de pétrole est plus faible en 2012 à cause de la hausse des prix, le secteur pétrolier pourrait tout de même connaître un léger ralentissement.


Libéria : La présidente sortante, Ellen Johnson-Sirleaf, investie pour un deuxième mandat après la reconnaissance du scrutin par l’opposition. Après des discussions avec la présidente au ministère des Affaires Étrangères, Winston Tubman, le chef du principal parti d’opposition, a reconnu les élections de novembre 2011 donnant gagnante la présidente sor-tante Jonhson-Sirleaf avec 90,7% des voix. Après avoir boycotté le second tour, le Congrès pour le Changement (CDC) avait décidé de reconnaître la présidente, avant de se rétracter et d’affirmer son opposition aux résultats électoraux qu’il jugeait frauduleux. La reconnaissance de la victoire d’Ellen Johnson-Sirleaf par Winston Tubman a déclenché un bref mécontentement des partisans du parti d’opposition. M. Tubman a même dû être évacué de son quartier général assiégé, le dimanche 15 janvier. Depuis, le calme semble être rétabli.


  • Commentaire : La présidente Ellen Johnson-Sirleaf a promis que des membres de l’opposition siègeraient au gouvernement et qu’elle ne briguerait pas d’autre mandat après celui-ci. Ces annonces devraient momentanément satisfaire la population. Néanmoins, il reste encore beaucoup de défis à relever pour la présidente : réduction de la pauvreté, amélioration de la sécurité, lutte contre la corruption.

Angola : Il manquerait 32 Mds USD dans les caisses de l’État. C’est ce qu’a affirmé l’organisation internationale Human Rights Watch dans une lettre adressée au ministère des Finances angolais. Les soupçons ont débuté en décembre dernier, lorsque le FMI a annoncé qu’il y avait une incohérence dans les comptes publics. Le montant « égaré » entre 2007 et 2010 a été estimé à 32 Mds USD. Human Rights Watch accuse la compagnie pétrolière Sonangol d’être liée à la disparition de cette somme.


  • Commentaire : Les profits collectés par la compagnie publique Sonangol représentent environ les deux tiers des revenus pétroliers de l’Angola, ainsi que la moitié des recettes fiscales de l’État. En 2009, le pays avait connu un problème de liquidités, à cause de l’irrégularité dans les transferts de revenus pétroliers entre la compagnie et l’État. Par ailleurs, il existe un réel manque de transparence sur le montant des profits réellement versés à l’État et ceux qui sont réinvestis dans la compagnie sous forme de subventions. L’accusation de Human Rights Watch suppose que les 32 Mds USD aient été détournés au profit de Sonangol. Le gouvernement a, pour le moment, démenti la disparition d’une telle somme et expliqué qu’elle était due à des erreurs dans les chiffres.


Asie

Chine : Ralentissement de la croissance du PIB au quatrième trimestre 2011. Elle s’est établie à 8,9% a/a (comparé à 9,1% au trimestre précédent). C’est un plus bas depuis le deuxième trimestre 2009. La croissance s’est ainsi élevée à 9,2% sur l’ensemble de 2011, en recul par rapport aux 10,3% de 2010.
L’investissement a aussi continué de perdre de la vigueur en fin d’année dernière pour finalement augmenter de 23,8% en 2011 ; c’est-à-dire dans des proportions moindres qu’en 2009 et 2010, lorsqu’il avait progressé respectivement de 30,3% et 25,8%. Les ventes au détail ont, au contraire, montré un peu plus de dynamisme. Elles ont progressé de 18,1% a/a en décembre (après avoir augmenté de 17,3% le mois précédent). C’est un plus haut depuis janvier 2011. La croissance de la production industrielle a suivi. Elle s’est élevée à 12,8% (comparé à 12,4% en novem-bre).
Par ailleurs, le marché de l’immobilier a montré des signes de fragilité supplémentaires fin 2011. Les ventes dans le résidentiel neuf ont ainsi terminé l’année sur une hausse de 3,9% (sur la base des m² vendus), lorsqu’elles avaient progressé de 8% en 2010 et de 45,4% en 2009. Le prix des appartements nouvellement construits dans les dix-huit premières villes du pays et l’investissement immobilier s’en sont ressentis. Le premier a augmenté de 1,7% a/a en moyenne en décembre (comparé à une hausse de 2,4% en novembre). Il faut remonter à août 2009 pour trouver une progression moindre. La croissance du second a ralenti pour le cinquième mois consécutif en décem-bre, à 12,5% (comparé à 20% en novembre).


  • Commentaire : De prime abord, ces chiffres pourraient être plutôt rassurants. La croissance ralentit, mais moins qu’anticipé (le consensus Reuters tablait sur 8,7% au dernier trimestre 2011), et elle reste, somme toute, vigoureuse. Même constat possible pour l’investissement, dont la perte de vitesse pourrait, en outre, trouver en partie explication dans l’engagement (et les premières mesures en ce sens) pris par Pékin pour rééquilibrer la croissance en faveur de la consommation… qui effectivement est demeurée solide en décembre. Il se pourrait aussi, cependant, que ces chiffres soient pour partie la résultante d’un nouvel an lunaire tombant un peu plus tôt (dans le calendrier grégorien) cette année ; donc le produit d’un effet saisonnier… qui a contrario pourrait occasionner une performance de croissance au premier trimestre 2012 faible (et éventuellement proche des 6,8% et 6,5% enregistrés respectivement au quatrième trimestre 2008 et au cours des trois premiers mois de 2009). C’est en tout cas ce que laissent entrevoir les perspectives de croissance dans les pays de la zone euro et les chiffres du commerce extérieur chinois (cf. le précédent numéro de Perspectives Émer-gents) : un début d’année 2012 difficile. C’est aussi ce que dit l’évolution du marché de l’immobilier, qui laisse même craindre un ralentissement de la croissance à moins de 8% sur l’ensemble de 2012. Les professionnels du secteur n’anticipent pas de rebond des ventes cette année. Les prix de l’immobilier pourraient ainsi baisser au cours des prochains mois ; avec un effet richesse négatif, un impact sur la solvabilité des collectivités locales (qui sont lourdement endettées à court terme et tirent un peu plus du quart de leurs revenus de ventes de terrain) et une hausse des créances douteuses dans les banques (environ 20% de leur portefeuille de crédit est engagé sur le secteur de l’immobilier) d’autant plus forts que cette baisse serait élevée. L’investissement immobilier, pour sa part, continuerait de perdre de la vitesse, avec un impact direct sur la croissance (il représente environ 7% du PIB), mais aussi indirect via les secteurs liés (acier, ciment…). La croissance chinoise ralentit. Modérément pour le moment. Mais le risque que ce mouvement s’accélère à court terme est bien réel. Il tient à la demande mondiale et au marché de l’immobilier ; et il devrait inciter Pékin à prendre des mesures ciblées au cours des prochains mois, pour soutenir les secteurs exportateurs et limiter la dégradation immobilière.


Inde : Net recul de l’inflation en décembre. Mesurée par l’évolution de l’indice des prix de gros, elle est tombée à 7,47% a/a, comparé à 9,11% en novembre. C’est un plus bas depuis décembre 2009. Les prix des produits alimentaires ont, pour leur part, quasi stagné. Ils avaient augmenté de 8,54% le mois précédent ; un rythme de progression autour duquel ils ont été beau-coup plus proches tout au long de l’année 2011. Quant aux prix des produits énergétiques et manu-facturés, si leur croissance a elle-aussi ralenti, c’est beaucoup modestement et pour rester à des niveaux historiquement élevés.


  • Commentaire : Cette évolution est bienvenue, alors que l’inflation n’est qu’à de rares occasions tombée à moins de 9% au cours des deux dernières années (et pour rester supérieure à 8%). Elle s’ex-plique néanmoins en grande partie par la dynamique des prix alimentaires. Au contraire, la progression des prix des biens manufacturés, toujours rapide, laisse entendre des tensions inflationnistes persis-tantes. C’est pourquoi la RBI pourrait opter pour le statu quo, à l’issue de son prochain comité trimestriel de politique monétaire, ne concéder qu’une baisse du taux de réserves obligatoires des banques au cours des prochaines semaines et ne procéder à une première baisse des taux d’intérêt qu’au deuxième trimestre. Les récentes déclarations des autorités monétaires sont, en tout cas, allées dans ce sens, et bon nombre d’analystes l’anticipent ainsi.

Indonésie : Passage en investment grade par Moody’s. L’agence de notation a relevé sa note sur le souverain indonésien de Ba1 à Baa3 avec outlook stable. Elle a justifié son geste par une économie (plus) résistante aux chocs externes, des perspectives de croissance soutenue et des finances publiques solides.


  • Commentaire : Si ce passage était attendu après la décision similaire de Fitch en décembre, il devrait tout de même être de nature à conforter la position de l’Indonésie auprès des investisseurs étrangers. Les spreads sur les obligations souveraines et sur les CDS du pays se sont, d’ailleurs, détendus de quelques points dans la foulée. Le fait est que cette décision rapproche un peu plus l’Indonésie des BRIC : une puissance économique montante (cf. Éclairages Émergents n°15, décembre 2011).



Eudes économiques groupe Crédit agricole: Edition du 23 janvier 2012


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