jeudi 27 novembre 2014

Pétrole, perdants et perdants


L’an passé encore, bien peu imaginaient que le baril louvoie autour des 80 dollars comme ces derniers jours, une chute d’environ 25% en quelques mois. Situation transitoire ou nouvelle normalité dans un contexte international pourtant hyper tendu ? Sans hasarder de pronostics, prenons l’hypothèse d’un mini "contre-choc" durable. Quels en seraient les effets ? Intuitivement, cette chute de prix (observée aussi sur le cuivre, l’acier, le charbon…) est bonne pour les pays importateurs (France, Allemagne, Japon, Turquie, Chine…). Elle l’est encore plus pour ceux d’entre eux subventionnant les carburants (Égypte, Inde ou Maroc). Sur le marché du pétrole (plus de 2 500 milliards de dollars par an) un recul de 10 dollars du prix du baril se traduit par plus de 300 milliards de dollars d’économie sur un an pour les acheteurs, plus que le rythme du « quantitative easing » américain.

Beau plan de relance pour une économie mondiale en panne. Vraiment ? Pas si sûr. Car les perdants sont légion, à commencer par les producteurs, pour beaucoup, intoxiqués à l’or noir. Les recettes fiscales de l’Angola, champion en 2013 de la croissance mondiale, dépendent à 90% du pétrole, celles dele l’Arabie saoudite aussi. Pour le Venezuela, au bord du défaut, c’est 70%, et 50% pour la Russie. L’équilibre fiscal de l’Algérie, selon le FMI, dépend d’un baril à 113 dollars ! Certains pays ont de quoi voir venir, avec de plantureux fonds de réserve telle l’Arabie saoudite. Pas tous. Une chute durable des prix serait synonyme pour ces États de coupes dans les budgets sociaux ou les plans d’investissements, affectant la consommation, les importations et la stabilité. Même aux États-Unis ou au Canada, une méforme des régions pétrolières – Oklahoma et autres Alberta – aurait un effet dépressif.

Et pour nos pays importateurs ? La médaille a aussi son revers. En Europe (et au Japon), la baisse des prix de l’or noir risque d’encourager la déflation, cauchemar du patron de la BCE. Elle rendra aussi moins urgente la transition énergétique dont on nous rebat les oreilles. La méforme des pays pétroliers, à terme, affectera par ricochet, les exportateurs de machines comme l’Allemagne ou de biens consommation comme la France. Elle rabotera aussi les recettes de TVA. Ajoutons qu’un pétrole peu cher ne change presque rien en matière de compétitivité entre pays européens mais accentue, dans le mauvais sens, les écarts entre nos économies et celles à faibles coûts salariaux. La baisse de l’or noir n’est peut-être pas une si bonne affaire. Dans un monde gorgé de liquidités, le pire est qu’elle témoigne de la difficulté à fixer la valeur des actifs. Comme à l’automne 2008.


Pierre-Olivier Rouaud

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