jeudi 27 novembre 2014

La chute des cours du pétrole qui a démarré cet été met déjà sous pression des projets, des industriels et même des pays.
Depuis juin, le cours du baril de pétrole a perdu environ 30 % de sa valeur. Ce mercredi 19 novembre, il dépasse de peu les 79 dollars, loin des 110 à 120 dollars d’avant l’été 2014. Cette brutale variation est due à de multiples raisons, en particulier la volonté de l’Arabie Saoudite de prévenir des risques de surproduction mondiale et la baisse de la demande des zones matures comme l’Europe. Les analystes les plus audacieux jugent que cette baisse pourrait être durable avec un baril qui stagnerait en dessous des 90 dollars pour l’année 2015. On peut citer trois victimes directes ou collatérales de cette guerre des prix : le pétrole nord-américain, le secteur parapétrolier, les pays producteurs de pétrole.
1. Ralentissement du développement pétrolier nord-américain
En deçà de 80 dollars le baril, la rentabilité de la production des sables bitumineux canadiens et de certaines huiles de schiste américaines est lourdement affectée. Tandis que les développements de nouveaux projets miniers sont pour l’heure en balance en Alberta, on ressent déjà une chute des investissements en Amérique du Nord sur les champs de pétrole de schiste. "Si les prix demeurent à ces niveaux bas, cela pourrait entraîner un déclin des investissements américains de 10% en 2015, ce qui aura des conséquences sur la croissance future de la production", affirme Fatih Birol, économiste en chef à l’Agence internationale de l’énergie.
Dans une moindre mesure, les développements complexes du type pétrole offshore ultra profond, au large de l’Afrique, du Brésil ou dans l’océan Indien sont aussi affectés. Mais tous les projets en cours, qui mobilisent beaucoup de moyens, devraient être maintenus. Les majors ont besoin de ces pétroles pour maintenir leurs objectifs de production des années à venir et compenser la déplétion naturelle de leurs champs existants.
2. Une baisse d’activité du secteur parapétrolier
Même si les grands pétroliers ne se réjouissent pas de la baisse des cours du Brent, qui rabotent leurs marges, ils ont les épaules pour passer les mois de "pétrole pas cher". D’autant plus que, chez un grand pétrolier, on calcule la rentabilité des projets sur un baril à 100 dollars mais on s’assure aussi qu’il ne sera pas déficitaire si les prix tombent à 80 dollars. A en croire certains experts, cette conjoncture difficile des cours de l’or noir tombe presque à pic pour justifier les récents programmes de maitrise des Capex lancés par les majors.
Rappelons par exemple qu’en septembre dernier, Total annonçait une réduction de ses investissements à 26 milliards en 2015 et 25 milliards en 2017 après un pic à 28 milliards de dollars en 2013. Cela fait suite à un dérapage des investissements dans les grands projets ces dernières années. Ces programmes passent, entre autres, par une pression sur les fournisseurs. Dans la situation actuelle, les premiers touchés sont les acteurs de l’exploration-production. La fusion aux Etats-Unis des deux géants parapétroliers Haliburton et Baker Hughes témoigne aussi de ce besoin de réaliser des économies d’échelles pour répondre aux exigences des donneurs d’ordre. Dans le même esprit en France, le géant parapétrolier Technip vient d'annoncer une offre de 1,5 milliard d'euros sur le spécialiste de la sismique CGG. 
3. Les budgets de grands pays pétroliers dans le rouge
Le seul pays au monde capable de faire remonter les prix de l’or noir en abaissant le débit de ses tuyaux est l’Arabie Saoudite. Or le Royaume wahhabite ne le fait pas. Le ministre saoudien de l’Energie, Ali Al-Naïmi, se contente d’expliquer qu’il s’agit d’une question d’offre et de demande. Une situation qui met en rage certains pays de l’OPEP qui basent leurs budgets nationaux sur des cours du baril beaucoup plus élevés, comme le Venezuela (121 dollars par baril), le Nigéria (119 dollars par baril) ou l’Algérie (121 dollars par baril). Mais le pays le plus visé par cette guerre des prix est la Russie. Le pays tire la majeure partie de ses revenus de l’exportation pétrolière et gazière. Très dépendant de la demande européenne, Moscou veut s’ouvrir vers l’Asie, en particulier vers la Chine, n’hésitant pas à engager de lourds investissements pour faire courir des pipelines de la Sibérie vers le sud-est asiatique. La Russie base son budget sur un prix du baril aux alentours de 105 dollars et se retrouve de fait dans le rouge.
L’Arabie Saoudite elle-même est hors de ses clous budgétaires puisque son budget se construit sur un baril aux alentours de 93,5 dollar. Mais le pays a de telles liquidités qu’une situation dégradée pendant quelques mois ne lui fait pas peur. Le 27 novembre, les pays de l’OPEP se réunissent. Ils devraient mettre la pression sur le premier pays producteur au monde. Pas sûr que le Royaume se laisse impressionner.
Ludovic Dupin

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